Un pied qui se dérobe sur un trottoir, une mauvaise réception après un saut, et la cheville gonfle en quelques minutes. Dans la grande majorité des cas, il s’agit d’une entorse de la cheville, c’est-à-dire d’une lésion des ligaments provoquée par une torsion de l’articulation. Voici les gestes à faire immédiatement, puis comment juger de la gravité et organiser la récupération.
Entorse de la cheville : les gestes à faire tout de suite
Les 4 réflexes des premières heures
- Arrêtez l’effort et asseyez-vous : continuer à marcher sur une cheville blessée aggrave la lésion des ligaments.
- Appliquez de la glace, enveloppée dans un linge, pendant 15 à 20 minutes. Renouvelez plusieurs fois par jour pendant les deux à trois premiers jours.
- Exercez une compression douce avec un bandage élastique, sans serrer au point de gêner la circulation.
- Surélevez le pied, au-dessus du niveau du cœur si possible, pour limiter l’œdème.
Ces gestes correspondent au protocole RICE (repos, glace, compression, élévation), parfois présenté sous le sigle GCEM. Leur but est de calmer la douleur et de freiner le gonflement. Ils ne remplacent pas un avis médical si la blessure paraît sérieuse, ni les remèdes miracles contre l’entorse de cheville souvent vantés en ligne.
La glace ne se pose jamais directement sur la peau, au risque de provoquer une brûlure par le froid. Évitez aussi la chaleur, les massages et l’alcool de friction dans les premiers jours, car ils favorisent le gonflement et le saignement sous la peau.
Consultez sans attendre si…
Avant de poursuivre les soins à la maison, vérifiez qu’aucun signe d’alerte ne vous oriente vers une fracture ou une lésion plus grave. Voici les situations qui justifient de voir un médecin ou de vous rendre aux urgences le jour même :
- vous ne parvenez pas à poser le pied au sol ni à faire quatre pas de suite
- la cheville ou le pied paraît déformé
- vous ressentez un engourdissement, des fourmillements ou le pied devient pâle ou froid
- la douleur est vive quand on appuie sur l’os, à l’arrière ou à la pointe de la malléole, ou sur le milieu du pied
- un craquement net s’est produit au moment de la blessure, suivi d’une douleur intense
Reconnaître une entorse et en évaluer la gravité

Une entorse de la cheville touche le plus souvent le ligament latéral externe, situé sur le côté extérieur de l’articulation. Il se lèse lorsque le pied part vers l’intérieur lors d’une torsion. Les signes typiques sont une douleur immédiate, un gonflement, parfois une ecchymose (un hématome bleuté qui apparaît après 24 à 48 heures et peut descendre vers le pied) et une gêne à la marche, que l’on appelle impotence fonctionnelle.
L’intensité de ces symptômes donne une première idée de la gravité, selon que les ligaments sont simplement étirés, partiellement déchirés ou rompus.
| Gravité | Ce que l’on observe | Appui |
|---|---|---|
| Légère | Ligament étiré, douleur modérée, léger gonflement, peu ou pas d’ecchymose | Possible avec gêne |
| Modérée | Déchirure partielle, gonflement net, ecchymose, douleur marquée | Difficile et douloureux |
| Sévère | Rupture d’un ou plusieurs ligaments, gros hématome, cheville instable | Très limité, voire impossible |
Cette classification reste indicative : seul un examen clinique permet de trancher. Une cheville très gonflée ne signifie pas toujours une entorse grave, et inversement, une douleur modérée peut cacher une fracture.
Quand consulter un médecin ou faire une radiographie
Même sans signe d’alerte immédiat, il est raisonnable de consulter dans les 24 à 48 heures si la douleur ne diminue pas, si le gonflement augmente ou si vous ne pouvez pas marcher normalement. Le médecin examine la cheville, teste la stabilité des ligaments et recherche les points douloureux sur l’os.
La radiographie n’est pas systématique. Elle est demandée lorsque l’examen évoque une fracture, notamment en cas de douleur osseuse précise ou d’incapacité à faire quatre pas. Dans les autres cas, l’examen clinique suffit. Une échographie ou une IRM peut être proposée plus tard si la douleur persiste ou si l’on suspecte une atteinte plus complexe.
Idée reçue : « Si je peux marcher, ce n’est pas cassé »
Certaines fractures de la malléole permettent encore un appui, même douloureux. La capacité à marcher ne suffit donc pas à écarter une fracture : c’est la localisation de la douleur et l’examen qui comptent.
Traitement et délai de récupération
Le traitement dépend de la gravité. Pour une entorse légère à modérée, on associe le repos relatif, la glace, un bandage de contention ou une attelle semi-rigide pendant quelques semaines, et une reprise progressive de l’appui dès que la douleur le permet. L’immobilisation stricte prolongée n’est plus la règle : bouger tôt, dans la limite du supportable, favorise la cicatrisation des ligaments.
Pour calmer la douleur, le paracétamol est souvent proposé en première intention. Les anti-inflammatoires, en gel ou par voie orale, ne conviennent pas à tout le monde (estomac, reins, grossesse, traitements en cours). Demandez conseil à votre pharmacien ou à votre médecin avant d’en prendre, et respectez les doses indiquées.
Les délais varient selon l’atteinte. Une entorse légère se résorbe souvent en une à deux semaines. Comptez plutôt trois à six semaines pour une entorse modérée, et deux à trois mois, parfois davantage, pour une entorse sévère. La reprise du sport intervient quand la cheville est indolore, qu’elle a retrouvé sa mobilité et que l’on se sent en confiance sur ses appuis.
Éviter la rechute : rééducation et prévention

Une cheville qui a été tordue une fois a plus de risques de l’être à nouveau. Mal soignée, l’entorse peut évoluer vers une instabilité chronique : la cheville « lâche » à répétition, avec des douleurs et une appréhension à la marche sur terrain irrégulier. C’est pourquoi la rééducation compte autant que les premiers soins.
Un kinésithérapeute peut prescrire des exercices de mobilité, de renforcement des muscles stabilisateurs et de proprioception, cette capacité du corps à sentir la position de l’articulation. Des exercices d’équilibre sur une jambe, d’abord sur sol stable puis sur surface instable, aident à reprogrammer les réflexes de protection de la cheville. Ils sont souvent indiqués même après une entorse jugée bénigne.
Pour limiter les récidives, quelques habitudes aident : porter des chaussures qui maintiennent bien le pied, échauffer la cheville avant le sport, utiliser une attelle de maintien pendant les activités à risque durant les premiers mois et reprendre l’effort par paliers. Si la cheville continue de se dérober, de gonfler ou de faire mal après plusieurs semaines, un nouvel avis médical s’impose pour vérifier l’état des ligaments.





